Soir après soir, il refaisait ce qui avait déjà été fait, sans même se donner la peine de concevoir des améliorations, se contentant d'imiter.
Une vie comme les autres d’Hanya Yanagiharah a fait le tour des réseaux sociaux ces dernières années. Pour cause ? Ce roman de l’américaine est connu pour être l’un des plus tristes ayant été publiés. A coup d’avis larmoyants, les Booktubeurs et autres influenceurs ont dit être dévastés à la suite de cette lecture… Il n’en fallait pas plus pour piquer ma curiosité. Mais d’abord, faisons un résumé sans spoils de ce roman qui aura su sortir du lot des romans contemporains.
Une vie vraiment comme les autres ?
Cela pourrait être une histoire simple, sans réelle fioriture… et pourtant. On suit quatre jeunes hommes, finissant leurs études à New York. Willem l’acteur, JB l’artiste, Malcolm l’architecte et Jude l’avocat. Avec des personnalités bien distinctes, leur amitié revêt cependant un air de déjà vu. On a peut-être eu tous eu cet ami extraverti qui parle souvent pour rien dire, cet ami trop gentil qui fait passer les autres avant lui ou encore celui qui demeure un mystère.
Ces quatre hommes brillants et promis à un brillant avenir montrent pourtant que l’argent ne fait pas le bonheur. Au centre de ce groupe, le personnage qui semble les réunir est Jude. Toutefois, Jude est une énigme à lui tout seul. On le comprend alors assez vite, Jude n’est pas comme les autres. D’étranges mystères entourent sa vie passée. D’où vient-il ? Qui est-il réellement ? Son handicap lui vient-il d’un accident ? Si c’est la réponse facile donnée aux curieux, la vérité s’avère pourtant beaucoup plus sombre… C’est à partir de là qu’Hanya Yanagihara nous amène en enfer.
Ce roman est-il fait pour vous ?
S’il y a bien une chose à savoir avant de commencer ce roman, c’est qu’il n’est pas fait pour tous. Je pense notamment aux personnes ayant vécu de lourds traumatismes. Une vie comme les autres fait partie de ce genre de bouquins qui, au lieu de vous soulager, peut soulever des souvenirs dangereux et vous renvoyer à vos propres blessures.
Toutefois si les sujets autour de la violence, de la dépression, des abus sexuels, de la mutilation et autres thèmes peu réjouissants vous sont supportables alors A Little Life, sous son titre original peut vous intéresser. Hanya Yagiharah est dans l’excès sur tout. L’excès de noirceur, l’excès de violence… Un trop plein qui reflète pourtant de sombres réalités. Soit on aime, soit on déteste. Car il faut supporter cela durant plus de 1000 pages.
Le personnage de Jude brille par sa noirceur et c’est autour de lui que le monde se délite ou s’illumine. Hanya Yagihara évoque les relations avec justesse et un réalisme saisissant. Connaissons-nous réellement ceux qui nous entourent? Si l’on creusait vraiment en chacun, quels secrets pourrions nous découvrir ? Nos amis, notre famille, nous connaissent-ils vraiment ?
Vous compreniez que que la preuve de votre amitié résidait dans le fait de garder vos distances, d’accepter ce que l’on vous disait, de tourner les talons et de vous en aller quand on vous fermait la porte au nez au lieu de la forcer à se rouvrir.
Drames et Questionnements
Hanya Yanagihara nous questionne sur notre propre rapport aux relations. Quand faut-il ouvrir les portes que les autres nous ferment? Quelles sont les limites de l’acceptable ? L’amitié, l’amour suffit-il à réparer ceux qui ont été brisés ? Les vies de Jude, Willem, JB et Malcolm sont parfois dénuées d’intérêt, parfois même lassantes voire agaçantes. Tout semble leur sourire, mais le passé de Jude est une véritable tâche noire au tableau. Son passé déteint sur les pages qu’on tourne avidement pour connaître la suite. On veut savoir, trouver les réponses. On espère, on a peur, on pleure, on soupire, on se révolte… Parce que finalement, cela ne nous renvoie-t-il pas à certains pans de notre existence ? On se reconnait parfois en Jude, parfois en Willem, parfois en Malcolm et d’autres fois en JB. On se questionne sur la vie d’adulte, sur notre rapport à l’amour, au travail… Mais comme ces personnages, on ne trouve jamais vraiment la réponse.
Qu’est-ce que le bonheur ?
C’est la question que pose la romancière américaine à travers ces quatre destins. La réponse est loin d’être aussi évidente. Malgré leur réussite, chacun porte ses errances, les fantômes de l’enfance. Le défaut de ce roman repose dans ses longueurs mais aussi et surtout son excès de noirceur. Si la vie de Jude a été un réel enfer, son penchant pour l’autodestruction dépendant de ce passé trouble nous amène à nous questionner. Serions-nous le genre d’amis toujours présents ou ferions-nous partie de ceux qui passent leur chemin face à la souffrance d’autrui ? Dans son malheur, Jude est entouré des personnes les plus patientes qu’il m’ait été donné de voir. On peut se demander quelle est la limite à aimer un personnage aussi brisé ? Car en voulant se débrouiller seul, celui-ci finit par impliquer tout le monde dans ses problèmes. Mais ainsi va la vie. Certains n’aimeront pas cet excès de pathos et ne finiront pas l’aventure. Enfermés dans leur cage dorée, les personnages peuvent nous sembler aussi hermétiques. En effet, l’argent y coule à flot et semble trop facile. Sur ce point, Hanya Yanagihara manque de nuances.
Finalement, ce roman aura été bien triste et sombre mais il opère comme une sorte de feuilleton dramatique dont on a du mal à décrocher lorsqu’on l’a commencé.
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