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Littérature

Le mystère de Rebecca de Daphné du Maurier

J'ai rêvé l'autre nuit que je retournais à Manderley.

/!\  Attention, cet article contient des spoilers /!\ 

« J’ai rêvé l’autre nuit que je retournais à Manderley ». Ainsi débute le célèbre roman mystère Rebecca de Daphné du Maurier. Et il faut dire que cette demeure est loin d’être anodine. Si je vous ai parlé de Rebecca dans la dernière sélection d’automne, c’est pour me pencher sur l’une des histoires les plus fascinantes de la littérature anglaise. Dans le manoir de Manderley, un étrange fantôme erre : Rebecca. Ce nom qui s’étale sur la couverture écarlate nous donne les contours d’un personnage énigmatique et ambigu. Plus qu’un simple roman gothique, on y retrouve avant tout des personnages opaques et des réflexions qui vont au-delà des stéréotypes du genre. Adapté par Hitchock au cinéma, on comprend l’intérêt du cinéaste pour cette oeuvre emplie de suspense.

À la Découverte de Rebecca : Une Héroïne sans Nom

Le roman de Daphné du Maurier s’ouvre sur un rêve. Celui de Manderley, cette vaste demeure qui a fini dans les flammes. Ce rêve ouvre la porte sur un univers à la fois fascinant et inquiétant. Sa protagoniste — la nouvelle épouse de Maxim de Winter — reste, fait rare, sans nom. Ce choix de Daphné du Maurier fait immédiatement naître une question : que signifie ce silence identitaire au cœur de l’histoire ?

Sans nom, la narratrice semble se dissoudre dans l’ombre omniprésente de Rebecca, la première épouse décédée. Cette « absence » de nom la rend-elle vulnérable, malléable? Est-ce une invitation pour nous, lecteurs, afin de combler ce vide de nos propres peurs et espoirs ? L’héroïne peu sûre d’elle, nous dévoile son dénuement face à un passé qu’elle ne maîtrise pas. Le manoir de Manderley devient une cage qui se resserre autour de la protagoniste. Manderley, cette maison oppressante est la part restante de Rebecca.

Rebecca, c’est cette femme qui refuse de se laisser enterrer. La narratrice se retrouve piégée dans un espace où les frontières entre la présence et l’absence sont floues. Elle cherche désespérément à prendre sa place dans une vie qui semble hantée par les souvenirs d’une autre. Celle-ci se demande  même si elle n’est qu’une pâle copie de l’épouse décédée.

En effet, alors que son mari la délaisse dès leur retour à Manderley, Rebecca est partout. On retrouve ses initiales sur des objets et chaque personnage seconde parle de Rebecca avec emphase. Par ailleurs, l’ancienne épouse continue de vivre à travers le personnage de la gouvernante : l’étrange Mrs Danvers.

Rebecca Daphné du Maurier
Daphné du Maurier, une cigarette à la bouche

Rebecca, Manderley et la Manipulation des Apparences

Alors que la narratrice s’efforce de s’adapter à sa nouvelle vie, Manderley révèle progressivement ses secrets. Le personnage de Mme Danvers, la gouvernante, est central dans cette atmosphère étouffante. Danvers devient la gardienne d’un culte autour de la figure de Rebecca. Comme une figure sacerdotale, celle-ci préserve la mémoire de cette femme mystérieuse aveuglément. Danvers semble obsédée par Rebecca. Elle en devient une ombre, un esprit manipulateur.

Mais cette image de Rebecca, forgée par les souvenirs des autres, est-elle bien réelle ? Daphné du Maurier invite le lecteur à s’interroger : Rebecca est-elle vraiment cette icône de perfection que chacun dépeint ? Ou se cache-t-il une vérité plus sombre, plus tourmentée dépeinte par son mari qui l’a tué ? Par les confidences de Maxim, une image plus sombre émerge — celle d’une femme à la fois puissante et manipulatrice. Mais cette mort, ce meurtre de Maxime sur Rebecca semble avoir libéré cette femme tourmentée et déjà condamnée. Peut-on avoir confiance en Maxime de Winter sur sa description diabolique de Rebecca quand on sait qu’il a été capable de la tuer ? A qui peut-on faire confiance dans ce récit ?

Un élément surprend dans la construction du personnage de Rebecca : sa masculinité, pour l’époque, est frappante. Dépeinte en pantalons, experte de la voile, indépendante et sans compte à rendre, elle défie les conventions féminines de son temps. Cette féminité audacieuse et transgressive interroge les codes : Rebecca incarne-t-elle une liberté refusée aux femmes de son époque, ou représente-t-elle une menace insoutenable pour ceux qui l’entourent ?

Sous cette façade de « perfection », Daphné du Maurier dessine les contours d’une figure complexe, érigée en mythe mais enfermée dans des attentes impossibles. Au final, Rebecca n’est plus qu’une ombre insaisissable, une illusion de puissance qui hante non seulement les murs de Manderley, mais aussi les pensées de tous ceux qui l’ont connue.

 

Pour poursuivre votre expérience de Rebecca, découvrez l’excellente adaptation de France Culture et de l’Orchestre National de France.

Rebecca par l'Orchestre National de France et France Culture

Manue Moon
Author: Manue Moon

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