Dans les jours précédant la chute du monde, le cri des sirènes était constant.

Un monde où les femmes sont en voie de disparition ça donnerait quoi ?
Autant vous prévenir d’emblée : la réponse que propose Meg Elison est loin, très loin d’être optimiste. Là où La Servante écarlate esquisse une société structurée, aussi cruelle soit-elle, en assignant aux femmes une fonction dans un ordre établi, ici, il n’y a plus rien. Dans cet univers en ruines, aucune société ne semble avoir survécu. Du moins, c’est l’impression qu’a notre protagoniste sans nom, condamnée à errer seule dans un paysage apocalyptique et vide. Pourtant lorsque l’humain surgit à nouveau c’est sous sa forme la plus brutale et qui nous laisse entrevoir un futur écoeurant.
Je vous préviens : âmes sensibles, passez votre chemin ou revenez après votre lecture si vous souhaitez éviter les spoilers.
Sur ce, cessons de tourner autour du pot.
Sincèrement, reste-t-il une once d’espoir pour l’humanité dans une telle situation ? Le roman de Meg Elison répond par une vision profondément pessimiste face à l’extinction des femmes. Tout ce qui subsiste de l’humanité semble se déliter pour de bon. Les hommes, pour beaucoup si ce n’est la majorité, basculent dans une violence extrême et débridée. Viols, abus, esclavage, exploitation du corps féminin… tout est permis. Le monde n’est plus régi que par la loi du plus fort et du plus cruel.
Ce qui me frappe dans ce roman, c’est l’absence quasi totale de contrepoint. Aucun refuge moral, aucune communauté salvatrice pour équilibrer la noirceur du reste de l’humanité. La narratrice enchaîne les situations toujours plus désespérées et semble survivre davantage par stratégie que par espoir. Déguisée en homme pour échapper aux violences, elle avance en marchant sur des œufs. Elle n’a aucun droit à l’erreur, de peur d’être démasquée. Tout ce qui lui reste à faire est d’agir ou du moins faire semblant d’agir comme eux. Malgré tout, elle tente d’aider les femmes qu’elle croise en distribuant discrètement médicaments et contraceptifs.
La solidarité semble avoir déserté tous les hommes. Les femmes sont réduites à l’état de marchandises : enchaînées, exhibées, déshumanisées, violentées. Si elles ne sont pas vendues, elles sont assignées à une fonction reproductive, notamment dans certaines communautés religieuses où l’espoir d’une naissance justifie toutes les dérives. Mais cette violence ne s’arrête pas aux femmes. Certains hommes souffrent aussi par ailleurs de ce système qui les broie. Quant aux personnes LGBTQIA+, elles n’ont tout simplement plus leur place si elles refusent de se conformer à cette logique de domination.
Et c’est peut-être de là que le roman tire sa force car on mijote dans l’idée qu’il ne reste rien à sauver. Personne ne semble agir dans un sens de reconstruction, seuls les instincts les plus primitifs subsistent et les hommes deviennent tout simplement des monstres.



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