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Fantasy

La quête d’Ewilan ou l’art d’adapter une œuvre littéraire

la quête d'ewilan

La saga Ewilan de Pierre Bottero, c’est mon Harry Potter à moi.

Bien sûr, l’œuvre de la controversée J.K. Rowling a marqué des générations entières et continue d’imprégner la pop culture mondiale. Mais l’univers qui a façonné mon imaginaire d’enfant, celui qui m’a accompagnée et construite d’une manière intime et singulière, c’est bien celui de Bottero.

Avec La Quête d’Ewilan, puis Les Mondes d’Ewilan, l’auteur déploie un monde foisonnant de magie, de poésie et de liberté. Un monde partagé avec la trilogie Ellana, qui approfondit encore sa mythologie, et avec la saga L’Autre, qui promettait un jour la rencontre de ces deux grandes fresques. Une promesse suspendue. Car la disparition brutale de Pierre Bottero a laissé son univers inachevé mais à jamais dans nos cœurs d’enfant.

Au départ, les parallèles avec Harry Potter existent, et il serait vain de les nier : une héroïne adoptée, un basculement vers un monde magique, l’apprentissage… Pourtant, très vite, Ewilan prend son propre envol. L’écriture de Bottero se révèle lumineuse, aérienne et dansante. Et surtout, Bottero ouvre une voie essentielle : celle des filles dans la fantasy en France. Il offre des héroïnes puissantes, complexes et libres, Ewilan, Ellana, mais aussi une galerie de personnages d’une richesse remarquable.

Ces romans ont touché la petite fille que j’étais. Ils m’ont offert, enfin, des modèles féminins en héroïc fantasy. Des figures auxquelles m’identifier, qui n’étaient ni secondaires, ni stéréotypées, mais pleinement actrices de leur histoire.

Aujourd’hui, l’adaptation du tome 1, La Quête d’Ewilan, disponible sur France Télévisions et Okoo, produite par Andarta Pictures en coproduction avec Vivi Film et L’Incroyable Studio, ravive ma nostalgie. Elle nous replonge en enfance et redonne une nouvelle vie à cet univers empli d’espoir, même lorsque des desseins plus sombres s’y trament.

Que vaut donc cette adaptation pour une génération de lecteurs francophones, des années plus tard ? Déception ou pas ? Derrière ce travail titanesque, saluons les artistes ayant travaillé sur ce projet et plongeons avec eux dans cette adaptation.

la quête d'Ewilan

L’adaptation animée de La Quête d’Ewilan est un défi ambitieux. Le chantier est d’autant plus vertigineux que l’animation est un travail de fourmi. Il aura fallu des années pour donner corps à cette saga pour le studio Andarta Pictures. La série, composée de huit épisodes d’environ vingt-six minutes est le fruit de cette dévotion.

Une direction artistique fidèle à l’esprit

L’animation française est capable de prouesses visuelles, comme l’a montré Fortiche Production avec Arcane, mais ici Andarta Pictures reprend une esthétique qui rappelle les dessins animés de notre enfance. Ils adoptent une animation plus mesurée, plus contemplative, et une lenteur caractéristique qui laisse respirer les images et renvoie au rêve.

Si la représentation des personnages s’éloigne parfois de l’imaginaire que je m’étais construit plus jeune, j’en ai retrouvé l’essence. Très vite, une plaisante évidence s’impose : l’équipe connaît son sujet. Cela se ressent dans les dialogues et le rythme. Les premières scènes ont ravivé la mémoire de mes lectures, non par reproduction fidèle plan par plan, mais par respect du ton. Je ne vous cache pas que j’en ai eu les larmes aux yeux dès les premières secondes car j’ai retrouvé ce que j’aimais dans Ewilan.

Les scénaristes ont également su actualiser certains aspects du récit. Dès cette première saison, certains passages sont ajustés, notamment en accordant davantage de place aux ressentis de Salim. Ce choix enrichit la dynamique du duo et donne plus de force au récit, comblant ce qui a pu manquer dans les livres.

L’art du Dessin

La mise en image du Dessin constitue l’un des points les plus délicats et les plus intéressants de l’adaptation. Plutôt que d’opter pour une magie flamboyante ou saturée d’effets, la série choisit des formes mouvantes, colorées, esquissées au crayon. Un rendu minimaliste mais efficace qui renvoie au geste artistique lui-même.

Ce choix peut surprendre. D’autres options plus spectaculaires étaient possibles. Mais cette sobriété possède une cohérence : elle rappelle que la magie de Bottero naît d’un acte de création. Le passage du trait à la réalité devient visible sans lourdeur explicative. L’art du Dessin conserve ainsi sa dimension réflexive.

Des paysages au service d’un grand voyage

La série accorde également une place importante aux paysages. Les plans larges envahissent l’écran, soulignant la verticalité et l’immensité de Gwendalavir. Les longues séquences de travelling évoquent le souffle du grand voyage de fantasy, rappelant les traversées contemplatives du Seigneur des Anneaux ou encore plus récemment Frieren. Ces choix renforcent un sentiment essentiel : nos héros sont petits face au monde. L’animation parvient à restituer cette échelle, cette impression de découverte constante. C’est un voyage initiatique, et la réalisation d’Andarta Pictures en capture l’essence.

la quête d'ewilan

Et Ewilan alors ?

Certains se sont indignés. Camille n’est pas blonde. Ellana et Edwin auraient la peau trop sombre. Des critiques superficielles, presque mécaniques. Comme si les personnages de Pierre Bottero avaient jamais été pensés comme des silhouettes figées, conformes à un idéal esthétique unique. La saga a été écrite il y a plus de 25 ans déjà, il y aurait forcément eu des changements même avec la supervision de Pierre Bottero.

L’une des grandes forces de l’univers d’Ewilan réside justement dans sa diversité. Bottero a écrit des personnages types qu’on retrouve dans les grands monuments de la fantasy. Pourtant il a su aussi créer des êtres contrastés et qui ont tous une histoire à raconter. Réduire Camille à la couleur de ses cheveux, c’est passer à côté de l’essentiel.

La disparition de sa blondeur ne blesse que ceux qui associaient inconsciemment l’héroïne à un canon de beauté classique, presque figé. Toutes les petites filles ne sont pas blondes. Toutes les héroïnes ne doivent pas l’être non plus.

Ce changement, loin d’appauvrir le personnage, l’humanise. Il la rend plus accessible, plus proche, moins idéalisée que dans l’imaginaire de l’époque où la saga est sortie. Mais l’essentiel est intact : ses yeux mauves, marque distinctive, sont toujours là. Et surtout, son intelligence hors norme, sa vivacité d’esprit, sa capacité d’analyse fulgurante demeurent au cœur de sa personnalité.

la quête d'ewilan

Une compagnie d’aventuriers comme on les aime tant

Dans cette adaptation, Salim gagne en profondeur et n’est plus uniquement l’ami un peu rigolo de Camille / Ewilan. Il ne manque pas d’humour, mais derrière cela se cache bien une souffrance, un besoin d’appartenance et d’amour qui reste tout de même présent. Issu d’une famille qui ne fait même pas attention à lui, Salim ne l’en aime pas moins. Pourtant, il gagnerait à être encore approfondi, car quitter chez soi à cet âge n’est pas anodi. Quelque part, Salim sacrifie sa propre vie pour suivre Ewilan. J’espère sincèrement que la suite de l’adaptation saura rendre justice à ce personnage.

Edwin, lui aussi, gagne en densité. Son sérieux, son port martial, cette retenue presque énervante évoquent le général Li Shang dans Mulan. Edwin est la voix de la raison, car la guerre gronde non loin. Un pays en guerre est loin d’être une partie de plaisir et renvoie à une réalité beaucoup trop prégnante actuellement.

Quant à Maître Duom, sa présence demeure essentielle. Il incarne toujours cette figure tutélaire, à la fois sage et énigmatique, rappelant la figure archétypale d’un Merlin : le guide, celui qui éclaire la route de notre héroïne.

Ellana apparaît malheureusement trop effacée dans cette première saison. Sa présence est discrète, presque en retrait, comme si l’on n’osait pas encore déployer toute l’ampleur de son aura. Pourtant, ceux qui connaissent l’œuvre de Pierre Bottero savent combien elle est essentielle à l’équilibre du récit.

On peut cependant espérer que cette retenue narrative prépare le terrain pour la suite. Ellana est destinée à prendre une place centrale : véritable mentor pour Ewilan comme pour Salim, elle incarne la voie des Marchombres.

Ce retrait apparent peut alors se lire comme un choix stratégique : laisser les autres personnages s’affirmer, consolider leur identité, avant son intégration entière au sein de la compagnie d’aventuriers. Ellana n’est pas absente ; elle est en attente.

Maniel, Hans et Bjorn, nos chevaliers ne sont pas en reste. Bien qu’un peu plus en retrait, ils ont des personnalités distinctes qui permettent de leur donner de la substance et de préparer leur plus grand rôle à venir pour certains.

Nous avons aussi une première rencontre avec le rêveur Artis Valpierre et le frère d’Ewilan, Akiro / Mathieu. Là encore, ils apparaissent succinctement, prennent peu de place pour donner toute leur profondeur à Camille et Salim. Un choix qui se comprend car l’aventure ne fait que commencer.

Ce qui compte, c’est la cohérence des caractères, la profondeur des regards, la fidélité à l’esprit insufflé par Bottero : celui d’une humanité plurielle. Cette adaptation n’est pas parfaite, mais elle respecte à mon sens la mémoire de l’auteur et surtout nous apprend à regarder les choses différemment. A prendre notre temps, dans un monde où l’action doit être prépondérante.

Manue Moon
Author: Manue Moon

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